Auguste Rodin : dessiner l’au-delà
Après avoir effectué plusieurs voyages en Italie, et grâce à la lecture de l’Enfer de Dante dans la traduction d’Antoine de Rivarol, le sculpteur français François-Auguste-René Rodin (1840-1917), connu sous le nom d’Auguste Rodin, trouve une source d’inspiration dans l’art de la Renaissance italienne, notamment dans les œuvres de Michel-Ange, ainsi que dans le poème de Dante.
Le dessin joue un rôle essentiel dans son développement artistique, entamé en 1864 par une série de dessins d’après nature. Entre 1870 et 1890, Rodin parvient à dessiner en atelier d’après ses souvenirs ou en laissant libre cours à son imagination. Ces étapes, qui caractérisent la production des dessins de Rodin, sont aussi marquantes que sa lecture de l’Enfer de Dante en 1878, définissant ainsi sa « période dantesque ».
À cette période, un intérêt particulier est porté aux 124 dessins recueillis dans un album[1] édité par Goupil aux frais de Fenaille, ami de Rodin. Ces dessins, ainsi que ceux exposés au Musée Rodin, ont servi au processus créatif de la Porte de l’Enfer, une commande qui lui a été confiée en 1880, d’autres dessins ont donné lieu à des groupes sculpturaux séparés, tandis que d’autres encore n’ont pas été sculptés du tout. Bien que le centre d’intérêt principal de Rodin soit l’enfer de Dante, l’artiste a également réalisé des dessins qui visent plutôt à un questionnement de la tradition mythologique, comme dans le cas d’Icare et Phaëton (Fig. 2), ou bien de créatures comme le Centaure (Fig. 3). Une autre thématique est celle des deux sources majeures d’inspirations de Rodin, à savoir Michel-Ange (Fig. 4) et Dante, dans Virgile portant Dante évanoui (Fig. 1).
Même si la traduction de Rivarol, lue par Rodin, ne contient que l’Enfer, l’artiste connaît également les autres « cantiche », comme en atteste la présence de Phaëton (chant XVII du Paradis) et le dessin du Purgatoire (Fig. 5), tandis que la source d’inspiration des dessins illustrant Dante et Béatrice (Fig. 6) dans les trois cantiques n’est pas clairement définie.
Bibliographie
Bourdelle, É.-A., & Geissbuhler, E. C., Rodin: Later drawings, Peter Owen, 1964.
Hare, M. J., Autobiographical Notes by Rodin in a Letter to Gaston Schefer, 1883, RACAR: revue d’art canadienne / Canadian Art Review, 17(2), 1990, pp. 158–162.
John, T., & Miall, R. C., “Auguste Rodin Draws Blind: An Art and Psychology Study”, Leonardo, 52(5), 2019, pp. 483–491.
Le Normand-Romain, A., Rodin e l’Italia, De Luca, 2001.
Stupazzoni, M., Rodin e gli scrittori/et les écrivains. Dante, Balzac, Hugo, Baudelaire, a cura di/par les soins de Alberto Fiz. Studi Francesi, 149, 2006, p. 183.
[1] https://musee-goupil.opacweb.fr/fr/collections/dessins-de-rodin?p=1
Concernant la relation Auguste Rodin et Dante, voir aussi Auguste Rodin : un sculpteur infernal
OpenEdition vous propose de citer ce billet de la manière suivante :
Federico Siragusa (3 mai 2024). Auguste Rodin : dessiner l’au-delà. DHAF- Dante d'hier à aujourd'hui en France. Consulté le 12 juillet 2026 à l’adresse https://doi.org/10.58079/11nrl
